Je dois plus d’une nuit réussie au dictionnaire “50 ans de cinéma Américain” que Bertrand Tavernier a co-écrit avec Jean-Pierre Coursodon. Sitôt couché, je l’ouvre au hasard et c’est comme si la lumière baissait et que le projecteur découpait l’obscurité … Apparaissent alors Fred Astaire en “top hat” ou Gene Hackman et son “pork pie hat” (deux chapeaux qu’il est important de distinguer), Clark Gable en grande discussion avec Colette Colbert, Errol Flynn à l’abordage ou prêt à décrocher un uppercut, James Stewart en tweed ou en chemise à carreaux, ou encore mieux, c’est la sublime Elaonor Parker cernée par les flèches des Mescaleros qui surgit apeurée … Si, au contraire, c’est Robert Michum et ses mains tatouées qui s’imposent, je rallume immédiatement …
“50 ans de cinéma américain” est la version revue, corrigée et augmentée de deux éditions précédentes. Vous y trouverez l’histoire des studios, les principaux films américains sortis entre 1940 et 1993, un dictionnaire des scénaristes et des réalisateurs … Bertrand Tavernier rend hommage à ses maîtres, John Ford au premier plan, se fait l’avocat des Bud Boetticher, Delmer Daves ou encore de John Berry, Elia Kazan. Il n’hésite pas à revenir sur ses précédentes critiques pour atténuer ou corriger. Comme l’indiquait Thierry Frémeaux, compagnon de route de Bertrand Tavernier, dans son livre-hommage publié en 2022 : “il enseignait les vertus de la connaissance et celles de la contradiction : se soustraire aux clichés, ne parler que des films qu’on a vus, donc en découvrir le plus possible ; ne pas subir la réputation et la rumeur, aller voir par soi-même, ne jamais penser en bande, douter, douter, douter.” (citation extraite de “Si nous avions su que nous l’aimions tant, nous l’aurions aimé davantage” – Grasset 2022).
L’exemplaire des “50 ans de cinéma Américain” que je possède est paru chez Omnibus avec une couverture souple, bien pratique pour une lecture de fin de journée, en position allongée … C’est le dernier plan de “la prisonnière du désert” qui est en couverture : Ethan/John Wayne s’éloigne … vers quelle destinée ? … la porte du ranch se referme … bonne nuit !