“La petite terrasse – Arcueil” de Robert Doisneau (1945)

De Robert Doisneau (1912-1994), nous connaissons tous le “baiser de l’hôtel de ville” , instantané capturé en 1950 et qui immortalise le fougueux baiser de deux amoureux sur un trottoir encombré de passants. Très différente est l’ambiance de l’album “la banlieue de Paris” publié en 1949 et dont est tirée “la petite terrasse- Arcueil 1945”.

Robert Doisneau parcourt la banlieue et ce qui frappe dans ses clichés, c’est la description d’une France de l’après-guerre qui se relève exsangue du conflit qui l’a saignée pendant cinq années : des bidonvilles voisinent avec les “habitations bon marché ” bâties avant-guerre sur l’emplacement des “fortifs”, des pavillons étriqués et rafistolés, des terrains vagues où croupissent des carcasses de “Traction Avant”, des gamins qui glanent du charbon le long d’un canal gelé, des avenues sans voiture et le long desquelles quelques vélos tirent des bords …

Mais il y a aussi des moments pour s’évader : une kermesse et sa fanfare déglinguée, des salles de cinéma “Art Déco” et des terrasses de café toujours bondées, un bal chez “Gégène” et le passage d’un cirque.

J’allais oublier, cet album est le fruit d’une collaboration entre Doisneau et Cendrars (1887-1961). L’auteur de “la main coupée” égrène ses souvenirs de banlieusard pour notre plus grand plaisir.

Qu’on en juge avec cette évocation de “Sans-Dos”, ancien lutteur de foire et tenancier du ratodrome de Villejuif : “Tout le monde est réuni dans un enclos, au bout du jardinet, derrière le bistrot. C’est le dimanche après-midi. Il y a foule. L’entrée coûte cinquante francs. Et le colosse de se poser sur les épaules une grande cage à barreaux de fer dans laquelle il introduit sa tête et qu’un garrot à vis adapte étroitement à sa nuque. On lâche dans la cage trois gros rats d’égout qui se mettent à sauter dans les coins et à tourner en rond et que le mécréant excite en claquant de la langue, en jappant comme un chien, en secouant la cage, en faisant de l’extérieur courir ses doigts sur les barreaux, en les taquinant, en imitant leurs sifflements de rage …”

Ce blog est encore trop jeune pour que j’aille plus loin dans la description de ce tour de force. Les plus courageux trouveront sa conclusion à la page 19 de la réédition de “la banlieue de Paris”.