“Cei sur biplan Caudron – Issy-Les-Moulineaux” de Jacques Henri Lartigue (1910)

En 1910, le jeune Jacques-Henri Lartigue (1894-1986) photographie un monde en mouvement : les premiers avions qui décollent depuis l’ancien champ de manoeuvre d’Issy-Les-Moulineaux, les parties de pelote basque à Biarritz, un bobsleigh à roues qui dévale les pentes de la propriété familiale et dérape sur les graviers.

Toutes ces images sont visibles sur le site https://albums.lartigue.org/ puisque Lartigue a cédé 126 albums nous permettant de découvrir la vie dorée de ce photographe, hédoniste et talentueux.

Revenons à la passion de Lartigue pour les avions. C’est sur le terrain d’Issy que Blériot, Henry Farman et Santos Dumont ont effectué des sauts de puce de plus en plus longs. Lartigue s’y rend aux horaires où les pilotes sont autorisés à voler, soit à l’aube et au crépuscule afin d’éviter les remous de chaleur. Il n’est pas le seul car il y a une foule de badauds pour observer les nouveaux engins, sonder les casse-cous et leur mécanique. Il saisit les pilotes qui démarrent dans une pétarade, prennent péniblement leur envol, décrivent un cercle autour de la Tour d’Eiffel et essaient de se poser sans encombre, à tout le moins sans perdre une roue. Trop souvent, les appareils ne décollent pas (la mécanique est fragile et capricieuse, au grand dam des mécanos) ou “cassent du bois” en atterrissant. Il arrive également que deux engins se télescopent. Le spectacle est garanti.

La photo a été prise par Lartigue en Février 1910. Giuseppe Cei est un jeune sportif italien qui s’entraîne pour passer son brevet de pilote. D’après mes recherches, il est aux commandes d’un biplan Caudron Type A numéro 2. Cei décrochera le brevet numéro 353 un an plus tard et remportera le même jour un prix pour avoir parcouru la distance de 63 kilomètres et 700 mètres en circuit fermé. Quelques semaines après cette distinction, il s’attaquera au record de la hauteur. A 100 mètres d’altitude, son moteur calera. Il s’écrasera sur l’île de Puteaux et décèdera à l’hôpital. Il avait 22 ans.

C’est également en 1911 que Lartigue va photographier Roland Garros. L’aviateur pilote un Blériot et parvient à passer sous un autre avion en plein vol. L’une de ses photographies, intitulée “extraordinaire virage de Roland Garros” , vaudra au jeune Lartigue sa deuxième publication dans le journal “La vie au grand air”.

Je ne sais pas si Lartigue et Roland Garros se sont rencontrés. Ils partageaient les mêmes passions : la vitesse et le sport, la mécanique et les belles voitures, les ciels lumineux et l’atmosphère pur des grands espaces. C’eût été une belle rencontre. Vous pouvez songer à cette conversation imaginaire en longeant l’Héliport de Paris, qui a remplacé le terrain d’Aviation d’Issy, juste avant de vous engager sur un périphérique probablement saturé …