Il y a tout d’abord des images de Los Angeles dont je me délecte à chaque nouvelle vision de ce film. La lumière bleue du premier plan et l’entrée en gare d’une rame de métro. Le bleu encore de la maison de Malibu, espace froid et vide, de verre et d’acier, qui s’ouvre sur l’Océan. Les tours de Down Town survolées la nuit en hélicoptère. Pico Union où des malfrats dissimulés derrière des masques de hockey prennent d’assaut un fourgon blindé. Terminal Island, sa casse de voitures et ses combats de coq, Al Pacino qui disjoncte pour mettre la pression sur son indic. Les impacts des balles de 6mn sur les voitures, le béton de la salle des inspecteurs du “Robbery and Homicide”, les maisons d’architecte disséminées dans les collines de West Hollywood, la ville aplatie et infinie que l’on contemple depuis Pacific Palisades, des raffineries et des entrepôts, les projecteurs de LAX et les ombres qui se révèlent au milieu des containers quand un avion atterrit …
Mais “Heat”, c’est aussi des dialogues d’anthologie servis par des acteurs au meilleur de leur forme. Robert de Niro / Neil McCauley, le solitaire toujours aux aguets, le professionnel rigoureux et attentif à ses hommes, qui répète comme un mantra : “Pas d’attache. Rien dans la vie que tu ne puisses quitter en trente secondes si tu sens les flics au coin de la rue“. Al Pacino / Vince Hanna, obsédé par son métier, analytique et impulsif, incapable de partager sa vie et lucide sur ce qu’il est : “je suis ce que je poursuis“. Leur rencontre dans un coffee shop, les regards qu’ils échangent et qu’ils évitent, les tactiques d’intimidation et l’estime réciproque qui se dégage tellement ils se ressemblent font mon bonheur de cinéphile.
Sans oublier les seconds rôles (Val Kilmer, Jon Voight, Tom Sizemore, Wes Studi, Kevin Gage, …), tous excellents, et la musique de Moby qui capture si bien l’atmosphère déglinguée et envoûtante de Los Angeles.
Heat” est pour moi le chef d’oeuvre de Michael Mann (1943) et l’un des meilleurs films policiers jamais réalisés. Sans doute parce qu’il s’est immergé dans la routine du LAPD et qu’il a interrogé des prisonniers à Folsom pour s’imprégner des rites et des codes des policiers et des gangsters de la Côte Ouest. Très certainement parce qu’il est un réalisateur exceptionnel ( ce qu’il confirmera avec “Révélations”, “Ali” et “Collatéral”). Mais également parce qu’il a donné une dimension philosophique à son film, ambition qu’il résume ainsi : “Les choix qu’on fait affectent le reste de sa vie”.