
Erroll Flynn (1909-1959), dont les “Mémoires” sont chroniqués dans la catégorie “livres” de ce blog, sous-estimait sa carrière cinématographique et n’accordait pas une place particulière à “Gentleman Jim“. Pourtant la grâce de ce film est restée intacte et elle doit beaucoup à l’élégance de celui qui incarne le personnage du boxeur James J. Corbett (1866-1933). Un boxeur dandy et cabotin, voyou à ses heures, opportuniste quand ses talents sportifs lui valent les bonnes grâces de la bonne société de San Francisco. Un rôle taillé sur mesure pour l’acteur australien qui, après avoir vaincu mille vies en Nouvelle-Guinée, avait trouvé les clés pour s’imposer à Hollywood.
Hollywood qui a donné naissance à des films mémorables consacrés à la boxe : “Sang et Or” (1947) de Robert Rossen, “Nous avons gagné ce soir” (1949) de Robert Wise, ou “Raging Bull” (1980) de Martin Scorcese. Mais personne ne boxe avec l’élégance de Gentleman Jim, sa silhouette longiligne et son buste droit, ses “jabs” du gauche, ses esquives qui font trébucher les colosses qu’il affronte, ses jambes qui, tel un compas, décrivent sur le ring des arcs s’entrecroisant. Un ballet.
Raoul Walsh, le cinéaste borgne après qu’un lapin eut croisé sa route dans le désert de Mojave et crevé son pare-brise, brillait notamment dans les scènes d’action : la charge des lanciers en Crimée ou celle des tuniques bleues face aux peaux-rouges, une avancée à découvert dans une clairière de la jungle birmane. La scène où Gentleman Jim combat sur un ponton au milieu d’une foule déchaînée et prompte à se jeter à l’eau quand la police intervient, est un moment d’anthologie.
N’oublions pas Alexis Smith, la voluptueuse et sensuelle beauté que le boxeur poursuit de ses assiduités. Elle contrebalance avec sa réserve patricienne et son jeu en retenue les offensives débridées du jeune Corbett. Dans la dernière séquence du film, Gentleman Jim s’interroge : “comment pourrais-je me marier avec toi, tu es une lady ?“. “Je ne suis pas une lady” , répond malicieusement Alexis Smith. Ce à quoi Flynn rétorque : “je ne suis pas un gentleman“. Ha ha …
