“John Lennon, Yoko Ono” d’Annie Leibovitz (1980)

Cette photo fut prise par Annie Leibovitz le 8 Décembre 1980, quelques heures avant que Mark David Chapman n’abatte John Lennon devant l’entrée de son immeuble. Le lendemain, Raymond Depardon filmera l’hommage spontané des new-yorkais dans Central Park, un long plan séquence de 360 degrés, dix minutes de silence et de recueillement.

Annie Leibovitz, née en 1949, est la portraitiste des stars du monde politique, culturel et sportif. Demi Moore nue et enceinte de huit mois, Whoopi Goldberg dans un bain de lait, Emmanuel Macron en Indre-et-Loire. Dans une première vie, de 1970 à 1983, elle a couvert le monde du rock pour le magazine “Rolling Stone” et, puisque l’on parle de pierre qui roule, elle a suivi en 75 Mick Jagger et sa bande en tournée. Trop longtemps. Elle confesse avoir mis plusieurs années à s’en remettre. Le magnétisme animal de Mick, une vie de patachon (comme dirait ma mère) et des substances en trop grande quantité …

Revenons à la photo de John et de Yoko. Les récits diffèrent. Pour certains, c’est John qui aurait imposé la mise en scène en désirant mettre en avant son épouse qui sortait un disque. Pour Annie Leibovitz, c’est elle qui a suggéré à John et Yoko de retirer leurs vêtements. Yoko aurait dit non. Ce qui surprend quand on se souvient de ses performances d’artiste “radicale” qui l’amenèrent plus d’une fois à s’effeuiller en public. Le couple avait d’ailleurs déjà posé nus pour la sortie de leur album “Two Virgins”, sans que cela ne dope les ventes. Voilà pour la responsabilité de la mise en scène et la question de la nudité.

Ce qui me semble beaucoup plus intéressant, c’est la position foetale et la relation de John à Yoko. Lennon avait 17 ans quand il perdit sa mère, Julia. Elle avait confié l’éducation de John à sa soeur et à son beau-frère. Dès lors, John l’avait idéalisée comme “une jeune tante ou une grande soeur” ne cessant de l’encourager dans ses ambitions musicales. Pour le critique musical Ian MacDonald (cf dans ce blog notre article sur son livre “Revolution in the Head“), la chanson “Julia”, écrite par Lennon et sortie le 13 Octobre 68, soit deux ans après sa rencontre avec Yoko, est“un message adressé à sa défunte mère pour lui dire qu’avec “l’enfant de l’océan” (sens du prénom “yoko” en japonais), il a enfin trouvé un amour pour la remplacer et qu’il est désormais libéré de son obsession quasi oedipienne“. Un amour très vite obsessionnel (“I want you” , “Don’t let me down”) mais qui, malgré des hauts et des bas, perdurera. Et quand John après avoir frôlé la limite avec le LSD sombrera dans l’héroïne, Yoko sera là pour l’aider à refaire surface. Si elle fut peut-être la sorcière maléfique qui contribua à la désagrégation des Fab Four, Yoko fut aussi la femme forte qui soutint Lennon dans la perte de sa muse créatrice et sa quête infinie de reconnaissance. N’est-ce pas là le sens de cette photo ?

Laisser un commentaire