
Le moteur des musiciens de jazz , c’est de prendre un morceau (un “standard”) et d’improviser dessus, quitte à modifier, tordre la structure rythmique ou la grille harmonique. Succès planétaire oblige, ils sont nombreux à s’être emparés des chansons des Beatles dès le début des années 60. Quelques uns pour le pire. D’autres, en revanche, ont apporté une nouvelle dimension à des classiques pop que nous connaissons par coeur, une nouvelle richesse, de nouveaux horizons.
Commençons avec la grande Carmen McRae qui reprend élégamment “Here, There And Everywhere” dans son album “Just A Little lovin’ “. Elle garde le tempo lent de cette berceuse mélodieuse mais l’autorité naturelle de la chanteuse, qui approche la cinquantaine, donne une tout autre épaisseur au texte de McCartney.
Enchaînons avec le “Blackbird” ahurissant de Bobby McFerrin dont la voix nue et élastique sautille, se décale, s’étire et claque pour rebondir au couplet suivant.
Jeff Beck, guitariste Hendrixien, donne une interprétation étourdissante de “A Day in the Life“, l’un des sommets de l’âge d’or des Beatles (66-67). Il enregistra plusieurs improvisations “live” de ce titre et j’ai retenu celle du “Ronnie Scott” de 2007 (pour les spécialistes).
Autre guitariste, autre style. Al Di Meola enregistre à Abbey Road un enthousiasmant “In My Life” imprégné de Flamenco. Qué vida !
J’ai eu le bonheur d’écouter Brad Meldhau en concert dans son interprétation de “Dear Prudence” , de me laisser embarquer vers des rivages inconnus et brumeux, avant que le groove ne me ramène sur la terre ferme.
“Norvegian Wood” du pianiste Stefano Bollani me subjugue par sa délicatesse et sa capacité à explorer les lignes mélodiques de Lennon.
Bill Frisell, quant à lui, donne des couleurs texanes inattendues à un “Across the Universe” plus atmosphérique que jamais.
Ne nous endormons pas … le “Got To Get You Into My Life” de Earth, Wind & Fire et le “Hey Jude” des Temptations démontrent que la “Black Music” des Seventies colle parfaitement aux racines blues et soul du répertoire des Beatles.
Last but not least, les Jazz Crusaders réinventent “Eleanor Rigby”, l’un des textes les plus aboutis et les plus réalistes des Fab Four. Mises de côté la solitude et la détresse de celle que le père MacKenzie ne pourra sauver … Demeurent un groove irrésistible de décontraction et une improvisation remarquable du pianiste sur un seul accord. Le tout dans l’ambiance cool du Lighthouse d’Hermosa Beach. En tendant l’oreille, vous entendrez presque tinter les glaçons dans les Pina Colada …
Vous retrouverez tous ces titres dans le lien ci-dessous :
