“Aces high” de Jack Gold (1976)

Les cinéastes britanniques sont réputés pour leur respect scrupuleux de l’histoire, leur volonté de reconstituer en essayant d’être le plus authentique possible. C’est la principale qualité de “Aces High”.

Hollywood s’est emparé du mythe de “l’As de l’aviation” dès la fin de première guerre mondiale mais ces films, tournés par Wellman ou Hawks notamment, pâtissent des limites techniques du cinéma des années 1930 ou sont malheureusement plombés d’une intrigue sentimentale absolument inutile. Arrive 1966 et John Guillermin, le futur réalisateur de “la Tour Infernale” et de “King-Kong”, dirige “the Blue Max” avec des scènes saisissantes de duels dans les airs entre Fokkers allemands et S.E.5 britanniques. Malheureusement, un scénario alambiqué, le jeu sans expression d’un Georges Peppard au teint très californien et les poses langoureuses d’Ursula Andress en “vamp” de l’Etat-Major disqualifient le film.

Jack Gold (1930 – 2015), lui, est un réalisateur honnête. Il a essentiellement tourné pour la télévision et sa priorité est de tenir le budget que les producteurs lui ont confié (il préférera ainsi acheter quelques scènes de combats aériens de “the Blue Max” pour les intégrer dans son film). Il prend les conseils d’historiens avisés et s’évertue à coller à la réalité d’une escadrille anglaise sur le front français en 1917.

La première réalité est la mortalité élevée des pilotes, notamment les jeunes recrues qui arrivent à l’escadrille avec moins d’une quinzaine d’heures de formation : leur durée de vie moyenne est de deux semaines. A ce stade de la guerre, les combats prennent encore la forme de duel et bien évidemment ce sont les pilotes expérimentés qui l’emportent.

Pour conjurer le sort et tenter de gérer le trauma du combat, les pilotes se retrouvent le soir à la “popotte” des officiers. Ils chantent et boivent autour d’un piano, le cas échéant avec un officier allemand qu’ils ont invité, quelques heures après l’avoir abattu.

Autre réalité, la violence de cette guerre aérienne. Elle est considérée au départ comme un “match” entre deux adversaires, livré dans un esprit chevaleresque. Mais très vite, tous les coups sont permis. La mort quand elle arrive est effroyable : les pilotes s’affrontent à quelques dizaines de mètres à coup de mitrailleuses automatiques et sans la protection d’un cockpit. Quand l’avion prend feu, le pilote meurt brûlé vif s’il n’a pas préféré se jeter dans le vide. Car l’état-major refuse aux pilotes le droit à un parachute afin qu’ils s’évertuent à sauver leur appareil jusqu’au dernier instant … Est-il besoin de rappeler qu’au sol, la brutalité était tout aussi effroyable ? …

Avec sa sobriété, ce film “Aces High” rend un bel hommage à ceux auxquels l’histoire a laissé le nom d'”As” : les Guynemer, Nungesser, Lufbery ou Fonck côté “allié”, Boelcke, Immelmann, Udet ou von Richthofen côté allemand.

Nungesser confia après la guerre : “C’est bien simple … J’ai toujours eu peur quand j’abordais l’ennemi. je fermais les yeux. Je ne savais pas si, lorsque je les rouvrirais, je verrais mon adversaire en flammes ou si je me trouverais sur un lit d’hôpital.”