Le 17 mars 1973, sur la base aérienne “Travil” en Californie, le photographe d’Associated Press, Sal Veder, prend un cliché historique qui lui vaudra de décrocher le Prix Pulitzer l’année suivante.
La famille qui se précipite vers un militaire est la famille Stirm. Les quatre enfants et leur mère retrouvent leur père et époux après plus de cinq années de captivité. Le lieutenant Colonel Robert L. Stirm a été abattu aux commandes de son bombardier au-dessus d’Hanoi le 27 Octobre 1967. Pendant cinq longues années, il a enduré la faim, la maladie, la torture.
Notons que Val Seder photographie Stirm de dos. Il devient ainsi le héros anonyme que l’Amérique accueille les bras ouverts dans le cadre de cette opération “Homecoming” qui permet à 591 prisonniers, pour la grande majorité des aviateurs, de regagner leur foyer. La photographie sera largement diffusée par les médias, éclipsant ainsi les controverses liées au retour des combattants du Vietnam aux Etats-Unis, dans l’indifférence générale ou vilipendés par les opposants à la guerre.
A cette réalité “officielle” s’oppose néanmoins la réalité “familiale”. La joie des enfants ne saurait être questionnée tant elle éclate sur le tarmac. En revanche, la présence de l’épouse interroge. Loretta Stirm a envoyé à son époux une lettre l’informant de son intention de divorcer trois jours avant sa libération. Elle l’avait épousé à 19 ans. Dans la procédure de divorce, il sera établi qu’elle a reçu trois propositions de mariage pendant les cinq années de captivité de son mari. Hal Ashby, dans le film “Retour” chroniqué ce mois-ci, montre avec beaucoup d’intelligence et de nuances la complexité de ce type de situation, les ravages intimes de la guerre et la destruction des couples. Il la resitue également dans le début des années 70 qui voit émerger le féminisme et la remise en cause du schéma patriarcal.
La photo “officielle” ne reflète pas souvent la réalité et la réalité “familiale” est parfois éloignée de l’ “image d’épinal” promue par les médias. Laurie Stirm, la jeune fille qui se jette dans les bras de son père, a vendu récemment aux enchères la cuillère que Stirm avait confectionnée dans sa cellule et gravée à son nom, plus une paire de sandales fabriquée par les vietnamiens avec les roues de son avion.