“Dimanche d’août” de Luciano Emmer (1950)

En 1950, le dimanche est le seul jour de la semaine pendant lequel les romains ne travaillent pas. Arrivent le mois d’août et sa chaleur étouffante, c’est aussitôt la ruée vers la plage d’Ostie, à une demi-heure de la capitale.

Une ruée que Luciano Emmer (1918 – 2009), qui avait tourné des documentaires avant de réaliser des films, nous restitue de manière très concrète : des échappées de bicyclette, un train bondé ou des camionnettes brinquebalantes, tout est bon pour partir le plus tôt afin d’arriver parmi les premiers.

“Dimanche d’août” est un “film choral” selon Jean Gili, le spécialiste du film italien. Ce sont en effet plusieurs histoires qui se croisent au cours d’une même journée. Le talent du scénariste, Sergio Amidei, est d’entremêler les trajectoires de personnages issus de différents milieux sociaux et réunis par le plaisir de la baignade au bord de la mer. Les plus fortunés se réfugient dans des établissements luxueux et déjeunent au restaurant. Les plus modestes partagent des cabines pour se changer et cuisent des spaghetti à même la plage. Un grillage, qui sépare les deux mondes et symbolise la hiérarchie sociale, est franchi allègrement par deux jeunes filles appartenant à la classe populaire et désireuses de rencontrer un aristocrate, forcément “blond et mince”.

“Dimanche d’août” est également un film festif. Son rythme effréné (à l’image des adolescents qui partent à l’assaut d’ un compartiment ou qui se jettent dans les vagues), le comique des situations (les plus snobs parlent pour ne rien dire; les familles populaires, spontanées et exubérantes, s’écharpent pour un rien) et les tentatives de séduction vouées à l’échec préfigurent la grande époque de la comédie à l’italienne et de ses films à sketches (Risi, Comencini, Monicelli, …).

“Les hommes le dimanche” (également chroniqué ce mois-ci) traite du même sujet : le besoin irrépressible de fuir la ville pour une parenthèse dans une vie laborieuse, une baignade dominicale. Mais parce qu’il nous donne à voir en 1929 un Berlin disparu et des jeunes allemands au bord de l’abîme, il me laisse une impression douce-amère. “Dimanche d’août” est tourné au lendemain de la guerre et j’y trouve l’énergie réjouissante de ceux qui marchent, qui courent en parlant très fort vers des jours meilleurs.