“Get Back” de Peter Jackson (2021)

Après le sommet atteint avec l’album « Sergent Pepper » au printemps 67, les Beatles ont entamé leur descente. Les albums suivants sont des demi-échecs ou des demi-réussites, ce qui revient au même. Le groupe patine, ses membres se cherchent. Lennon a livré sa dernière chanson engagée avec « I’m the Walrus » (Septembre 67), invective anti-institution un peu déjantée. Il alimente depuis son discours « contre-culture » en puisant son inspiration dans le LSD et dans sa relation avec Yoko Ono, une artiste « radicale » à l’influence croissante. George exprime ouvertement son besoin d’émancipation artistique. Ringo déprime. McCartney perçoit alors le risque de désagrégation et propose aux trois autres le projet d’un concert filmé qui leur permettrait de renouer avec la scène, de réactiver leur ADN de groupe. Un concert unique car George a clairement dit qu’il ne voulait plus de tournée. Le défi en ce début d’année 69 est de composer 8 à 10 chansons en trois semaines. Pour notre plus grande chance, ces trois semaines vont être filmées par le cinéaste Michael Lindsay-Hogg. Le réalisateur Peter Jackson en extraira les images et les enregistrements qui composeront le documentaire « Get Back », trois épisodes pour une durée totale de près de 8 heures.

Un documentaire fascinant d’un point de vue visuel tout d’abord. Le film est tourné sur pellicule 16 mn, puis restauré numériquement. Jamais les Fab Four n’ont paru aussi réels, aussi proches, avec leur discussions à bâtons rompus, leurs tâtonnements, leur impertinence ou leur loufoquerie. Dans le premier épisode, ils répètent sans conviction dans un local immense à Camden, essaient mollement de composer, « pataugent dans la choucroute ». Ils parlent de tout et de rien à l’heure du thé, enchaînent les bœufs sans conviction. Les plaisanteries et les piques fusent. McCartney réclame un peu de discipline et de méthode. George s’en va.

Dans le second épisode, l’idée d’un concert est annulé et les quatre changent de décor pour se retrouver dans leur nouveau studio d’Abbey Road. « Oncle George » Martin, leur producteur, dégotte un magnétophone huit pistes. Glynn Johns, l’ingénieur du son, commence à imprimer sa marque sur les enregistrements. Et la bascule se fait avec l’arrivée de Billy Preston que les Beatles ont côtoyé à Hambourg en 62. Preston apporte son énergie « soul » au piano électrique et son grand sourire. L’atmosphère change. Il est coopté hic et nunc comme le « 5ème Beatles ». Le groupe retrouve ses automatismes, son énergie collective. Nous assistons, les yeux écarquillés, à l’accouchement de plusieurs titres. Il est alors question de jouer trois d’entre eux sur le toit du Studio …

Le concert du 30 Janvier 1969 sur le « rooftop » d’Apple Records, auquel est consacré le dernier épisode du documentaire, appartient à la légende. Nous savons qu’il s’agit de la dernière prestation des Fab Four en public. Malgré un froid glacial et des conditions d’enregistrement épiques, les interprétations de « I’ve got a feeling », « Don’t Let me Down » et de « Get Back » sont si bonnes qu’elles seront retenues pour figurer dans des singles et dans l’album « Let it be ».  Les passants de Savile Row sont interloqués, quelques voisins furibards. Un monsieur engoncé dans un manteau gris et pipe au bec, déambule sur son toit … l’air de rien. Deux Bobbies vivent l’instant critique de leur carrière quand l’équipe d’Apple rivalise d’ingéniosité pour les empêcher d‘accéder au toit. Les Fab Four, sous le ciel gris de Londres, dégagent une énergie incroyable, un plaisir retrouvé de jouer ensemble. Lennon affirmera néanmoins que McCartney regardait avec insistance Yoko chaque fois qu’il chantait « get back to where you once belonged » …

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