Une Lancia Aurelia enfile les rues désertes de Rome, un 15 Août et sur un rythme de Jazz fiévreux … Vittorio Gassman cherche une proie car il vit aux dépens des autres. Jean-Louis Trintignant révise ses examens de droit, sans se douter qu’il va croiser son mauvais génie …
Tel est le démarrage du “Fanfaron“, le film le plus célèbre et d’après moi le plus réussi du réalisateur italien, Dino Risi (1916 – 2008). Illustre représentant de la “comédie à l’italienne”, Risi livre un film complexe, construit sur l’idée d’un voyage à deux sans destination précise. Mais plus que l’aspect “road movie”, c’est davantage l’histoire d’une amitié éphémère (un peu plus de 24 heures) qui me fascine dans ce film.
Amitié également étrange car tout les sépare. L’un est grand, brun, extraverti, vit d’expédients et fuit les responsabilités, ne respecte rien, joue de son charme pour obtenir ce qu’il veut. L’autre est blond, petit, introverti, travailleur et sérieux, empêtré dans son éducation et dans des conventions étriquées. Le premier a besoin de l’autre, car Narcisse se nourrit du regard de celui qui l’admire. Le second est subjugué par le marginal qui transgresse et le sort de son cadre.
Vittorio Gassman est éblouissant, dans un personnage cynique et enjôleur, drôle et agaçant comme le klaxon de sa décapotable. “Le Fanfaron” était d’ailleurs son film préféré, sans doute parce que Dino Risi le laissait improviser. Jean-Louis Trintignant, lui, faillit ne pas tourner ce film , initialement prévu pour Jacques Perrin (c’était l’époque où les producteurs de Cinecittà recrutaient des vedettes françaises pour assurer leur retour sur investissement). Il est parfait dans son rôle de suiveur, tiraillé entre la voie de la raison et le piment de l’aventure.
J’ajoute que les scènes de plage sont magnifiques. Les jeunes femmes sont belles et dansent langoureusement, dans l’insouciance des années du boom économique de l’Italie (une ambiance à rapprocher de celle de “Dimanche d’Août”, film de Luciano Emmer sorti en 1950 et chroniqué dans ce blog). Toutes les bonnes choses ont un épilogue et Risi parviendra à maintenir, contre l’avis de la production, “une fin un peu cruelle mais qui ressemble à la vie”…