“Les hommes le dimanche ” de Robert Siodmak et Edgar George Ulmer (1930)

Quatre jeunes gens décident d’aller se baigner le dimanche . Ils se donnent rendez-vous à la gare de Nikolassee, proche des plages du grand lac Wannsee au sud-ouest de Berlin. Une journée au soleil qu’ils passent dans l’eau, à écouter de la musique sur un gramophone, à faire du pédalo et à batifoler.

“Les hommes le dimanche” (Menschen am Sonntag) est un film envoûtant. Il commence par nous présenter un Berlin de la fin des années 20, en pleine République de Weimar et à la fin d’une période de croissance économique, dix années avant le “suicide collectif” de l’Europe. En 1929, Berlin resplendit. Nous découvrons la vie quotidienne de ces quatre millions d’habitants. Ils descendent des tramways ou du métro aérien, s’attardent devant les vitrines, aux terrasses des cafés. Les péniches glissent sur la Spree. Les femmes sont élégantes, des robes fluides ont remplacé les corsets et des petits chapeaux cloches apportent une touche “art déco”. Les hommes ne sont pas en reste, avec leurs gilets et leurs canotiers. Des enfants jouent dans un bac à sable pendant que leurs parents se font tirer le portrait et un vieux monsieur médite devant une statue dans un parc. C’est le règne de l’insouciance. Quelques mois plus tard, la Grande Dépression s’abattra sur l’Allemagne et le pays comptera plus de 25% de chômeurs en 1932. Le chaos qui en résultera finira par tout engloutir.

Siodmak et Ulmer ont réalisé ce film avec les 5000 marks donnés par l’oncle du premier. Une aubaine. Les deux compères venaient de créer leur maison de production avec pour objectif d’aller à contre-courant de l’expressionnisme d’un Murnau ou d’un Fritz Lang qui domine le cinéma allemand de l’époque. Nos deux jeunes réalisateurs veulent, eux, décrire la vie réelle, le quotidien des hommes et des femmes. Une approche que reprendront les néoréalistes italiens après la guerre, puis la “Nouvelle Vague” à la fin des années 50.

Robert Siodmak et Edgar George Ulmer font appel à leurs proches pour un projet résolument collectif : Curt (le frère de Robert), Billy Wilder et Fred Zinnemann s’attaquent au scénario. Eugen Schüfftan, qui a déjà travaillé avec Fritz Lang, se charge de la photographie. Tous fuieront bientôt le nazisme et partiront aux Etats-Unis pour briller à Hollywood.

Ce film-documentaire est magique. Les poses alanguies au soleil, la ballade sous les pins, les jeux de séduction ont une grâce intacte. Une grâce qui tient beaucoup aux acteurs non-professionnels et à la photo de Schüfftan qui magnifie une Brigitte Borchert aux faux airs de Léa Seydoux. Sa vitalité et sa sensualité éclatent dans la lumière, la chaleur et les éclaboussures de ce dimanche au bord de l’eau.