“Norma Shearer” de George Hurrel (1929)

La Rolls-Royce jaune canari qui vient de s’arrêter en face des Granada Shoppes à Los Angeles, en cette fin Octobre 1929, ne passe pas inaperçue. D’autant moins qu’une star du muet en descend, suivie d’un aréopage de factotums, chauffeur, maquilleuse, coiffeur et bagagistes. Norma Shearer, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a entendu son grand ami Ramon Novarro lui vanter les mérites d’un jeune photographe, George Hurrell, fraîchement débarqué de Chicago où il a fait ses armes à l’Ecole des Beaux Art puis au sein d’un studio photographique. Comme ses bronches ne supportaient plus les hivers rigoureux de la “Cité des vents”, il a mis le cap sur la Californie et peu à peu s’est fait remarquer. Ramon est enthousiaste et distribue des brassées de portraits réalisés par Hurrell en clamant que jamais il ne s’était trouvé aussi beau.

Voilà de quoi intéresser au plus au point Norma Shearer. Son mari, Irving Grant Thalberg, Vice-Président à la Metro-Goldwyn-Mayer en charge de la production, hésite à lui confier un nouveau rôle, celui d’une femme trompée qui décide de prendre un amant pour se venger, car il la trouve “sérieuse”, “délicate”. Une “lady” pour tout dire. Norma, de son côté, commence à prendre ses distances avec cet époux trop “bonnet de nuit” à son goût. Son couple bat de l’aile mais elle tient absolument à décrocher ce rôle. Ce photographe venu de nulle part pourrait l’y aider …

Pendant les quatre heures de ce shooting historique, Hurrell va soigner sa composition, essayer de mettre à l’aise l’actrice en lui chantant des chansons (notamment celle de Ted Lewis : “And when my baby smiles at me / there’s such a wonderful light in her eyes” …) et surtout, déployer tout son talent dans des éclairages qui feront plus tard sa réputation. Norma parvient à oublier son strabisme et ses jambes qu’elle n’aime pas. Elle s’abandonne. Cette séance va effectivement changer sa vie. Elle ne sait pas encore qu’elle sera retenue pour ce rôle (Jerry dans “the Divorcee“) et décrochera un oscar …

Impressionné par la métamorphose de son épouse, Thalberg insiste auprès de la MGM pour faire de Hurrell le photographe attitré du studio. Celui-ci reçoit une offre alléchante mais qu’il laisse en attente pendant deux semaines, espérant faire monter les enchères. Il part avec une amie pour une partie de pêche au Mexique et réalise, à peine arrivé, qu’il est peut-être en train de laisser passer une opportunité unique. Il est malheureusement trop tard pour rentrer à Los Angeles avant le week-end … Hasard défiant toutes les probabilités pour l’époque, l’amie qui l’accompagne est aussi pilote et elle le déposera un vendredi en fin d’après-midi devant les bureaux de la MGM. Ce contrat fera de George Hurrell le “Rembrandt d’Hollywood” (pour reprendre le qualificatif de son biographe Mark A. Vieira) qui immortalisera Clark Gable, Bette Davis, Joan Crawford et autres Carole Lombard. Le “Golden Age” d’Hollywood et les photos de Hurrell laisseront à la postérité le mot “Glamour”.

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