“Photo 13 de l’album de Lili Jacob” (1944)

Cette photo est l’une des seules preuves visuelles du processus de massacre de masse à Auschwitz- Birkenau. Elle a été prise pendant entre mai et août 1944, lors de l’arrivée de juifs hongrois au camp de concentration et d’extermination alors commandé par Rudolf Höss. Ce dernier avait demandé à deux SS de photographier l’arrivée des convois, la descente du train et le processus de “tri” afin de rassurer Adolf Eichmann sur l’efficacité de l’organisation qu’il avait mise en place. 193 photos, soigneusement classées dans un album, seront retrouvées par Lili Jacob, une déportée, à la libération du camp.

Dans “un album d’Auschwitz, comment les nazis ont photographié leurs crimes” (2023), trois historiens, Tal Bruttmann, Stefan Hördler et Christoph Kreutzmüller, analysent soigneusement chaque photo de l’album et cherchent “dans les archives ce qu’il y a à voir dans les images pour les comprendre“. Ils ajoutent : “les photos de l’album de Lili Jacob sont empreintes d’une grande violence structurelle”.

S’il n’y a pas de violence physique dans cette photo numéro 13 prise le 30 mai 1944, la violence a pourtant préexisté. Avec l’arrestation, les agressions et les humiliations qui l’accompagnent, avec un voyage de 72 heures dans un wagon de marchandises, les uns sur les autres, sans nourriture et sans eau, sans hygiène. Nous n’entendons pas non plus les cris, les gémissements, les pleurs, les ordres aboyés sur la rampe. Nous ne respirons pas l’odeur pestilentielle qui s’échappe des wagons ou qui arrive des cheminées du crématoire tout proche. Mais nous pouvons lire l’incompréhension et la peur sur les visages. Et nous savons que les femmes et les enfants que nous voyons sur cette image, ainsi que les vieillards, les malades et les chétifs de ce convoi, ont été “triés” et seront immédiatement assassinés. Les hommes valides ont été “sélectionnés” pour le travail forcé.

Sur les 600 000 juifs hongrois déportés entre le 16 mai et 5 août 1944, 350 OOO ont péri dès leur arrivée à Auschwitz-Birkenau dans les chambres à gaz, 100 000 autres sont morts d’épuisement ou sous les coups.

1 100 000 hommes, femmes et enfants ont été assassinés à Auschwitz entre 1940 et 1945.

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