« The Brown Sisters » de Nicholas Nixon ( depuis 1975 …)

Nicholas Nixon entame en Juillet 1975 une série de portraits dans lesquels figurent sa femme et ses trois sœurs. Un par an, invariablement. Plus d’une quarantaine au total. Le succès est immense, le Moma se porte acquéreur de plusieurs tirages et les expositions se succèdent sur tous les continents.

Les raisons de ce succès tiennent tout d’abord à la qualité du travail de « Nick » Nixon. Né en 1947 et professeur au prestigieux Massachussets College of Art de Boston, il est réputé pour la précision de son travail, la rigueur avec laquelle il traite ses sujets, qu’il s’agisse de sites urbains (Boston, New-York), d’enfants sourds-muets, de vieillards dans un hospice ou de malades du sida. Pas de pathos, pas d’emphase, la neutralité en toute circonstance.

Si l’on est subjugué par la série des « Brown Sisters », c’est également pour le fabuleux voyage dans le temps qu’elle propose. Les quatre sœurs sont toujours photographiées dans le même ordre, avec de gauche à droite, Heather (la cadette), Mimi (la benjamine), Bebe (l’épouse de Nixon et l’aînée de la sororie) et Laurie. Nixon travaille toujours avec une chambre photographique dans un format de 8 x 10 pouces, ce qui lui permet d’obtenir ces tirages « noir et blanc » soignés, avec des nuances de gris sophistiquées. La séance annuelle se tient le plus souvent en extérieur, pas toujours à la même saison si l’on se réfère aux tenues portées par les quatre sœurs.

Cette cohérence nous permet de nous concentrer sur les changements apportés par le temps, qu’ils soient observables ou que nous les devinions. Les silhouettes s’arrondissent, les traits se durcissent ou s’empâtent, des lunettes apparaissent, les coupes de cheveux et les vêtements suivent la mode ou l’humeur de chacune. Un regard se crispe et nous imaginons des tensions, un problème de santé. Que les étreintes se fassent plus distantes ou que la jonction des mains ou des épaules disparaisse et nous redoutons aussitôt l’éloignement. Une famille comme les autres … Les «Brown Sisters » nous deviennent alors étonnamment proches.

PS : je viens de terminer un excellent roman d’Hélène Gestner, «Eux sur la photo» (2011), une réflexion passionnante sur la mémoire familiale que fixent les photos. Des photos qui constituent, pour elle, la « grammaire » de l’enfance et de la famille, avec les étapes et les figures. Une grammaire que la série des « Brown Sisters » a conjugué aux temps de la vie d’une famille.

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