“The Swimmer” est un film singulier, dès son ouverture.
Ned Merrill, le personnage principal joué par Burt Lancaster, surgit d’un sous-bois pour se jeter dans une piscine. Sorti de l’eau, il engage une discussion sur un ton badin avec les propriétaires qui sont ses amis. Lendemain de soirée et gueule de bois, fin des vacances et arrivée de l’automne … rien d’extravagant. Depuis la terrasse de la propriété, Ned contemple la vallée du comté du Connecticut où la gentry locale possède des villas somptueuses et réalise brutalement : “les piscines forment une rivière ininterrompue jusqu’à chez moi … je veux rentrer à la nage !”. Et nous voilà embarqués pour un périple d’une heure et demie pendant lequel Burt ne quittera jamais son maillot de bain, courant d’une maison à une autre pour piquer une tête. … A chaque baignade et au fil des conversations qu’il nouera avec les propriétaires des piscines, nous en apprendrons davantage sur lui et le mystère s’épaissira progressivement …
Le premier intérêt du film de Frank Perry (1930 – 1995) est de nous montrer une Amérique qui va basculer. “Le Lauréat” , sorti en 1967, se centrait déjà sur un étudiant, joué par Dustin Hoffman, remettant en cause les valeurs bourgeoises. Dans “The Swimmer”, les adolescents sont soumis et ce sont les codes de la bourgeoisie américaine qui sont exposés au soleil de ce “pool trip” : les incontournables piscines et leur bar à cocktails, les jardins manucurés, le confort matériel qui doit s’afficher, les “ménages de façade” et les maîtresses aigries, les egos en compétition et le manque d’empathie derrière chaque sourire éclatant. Encore une année et “Easy Rider” règlera son compte à ce petit monde.
“The Swimmer” est néanmoins bien loin d’une étude sociologique. C’est sa dimension métaphorique qui explique que l’on ne l’oublie pas. Comme Ulysse, Ned rentre chez lui pour retrouver sa femme et ses deux filles. A chaque étape de ce retour, des épreuves et des rencontres l’affectent psychologiquement et physiquement, nous en apprennent davantage sur lui. Sans nous apporter toutes les réponses et en nous laissant avec des questions existentielles : la vie est-elle une illusion ? Qu’ai-je réussi ? Sur qui puis-je compter ? …
Un dernier mot sur l’interprétation formidable de Burt Lancaster. Depuis “Tant qu’il y aura des hommes” et son étreinte sur la plage avec Deborah Kerr, nous savons que le maillot de bain sied à merveille à ce brave Burt. Son corps d’athlète et son aisance naturelle incarnent un Ned Merrill que nous découvrons triomphant, puis peu à peu contraint par un réel qui se rappelle à lui. Dans la lumière comme dans le crépuscule, il excelle.