“They Shall Not Grow Old” de Peter Jackson (2018)

Il y a quelques semaines, j’ai parcouru le champ de bataille de la Somme avec mon vieil ami P.J. J’avais évoqué il y a un mois dans ce blog, le souvenir de cet épisode de la première Guerre Mondiale en commentant le remarquable témoignage de Robert Graves, “Good-Bye to All That“, les bataillons de “Pals” fauchés dans le No Man’s par des mitrailleuses allemandes restées intactes, les dizaines de milliers de vies effacées l’espace de quelques heures, les familles décimées et les villages britanniques décapités.

Beaumont-Hamel, Thiepval, Mametz, la vallée de l’Ancre … il n’y a plus de tranchées, plus de redoutes ou de réseaux de barbelés, seulement des champs soigneusement labourés, quelques cratères énormes, des mausolées et une succession de petits cimetières égrenés le long des routes départementales, des chemins communaux. Pour voir les hommes qui combattirent, disparurent et souffrirent dans cette plaine vallonnée, crayeuse et ouverte aux vents du Nord, nous disposons de “The Battle of the Somme” filmé en 1916 par le caméraman anglais Geoffrey Malins. Sont entrées dans la mémoire collective des séquences où l’on voit des troupes qui remontent un boyau vers la première ligne, une mine qui explose et soulève une montagne de terre, des fusiliers qui attendent l’heure H tapis au fond d’ un chemin creux, un soldat hagard qui revient dans sa tranchée en portant un camarade sur ses épaules. Ces images uniques et précieuses, nous les avons vues avec le respect que l’on doit à leur authenticité et avec la distance qui tient à leur faiblesse technique : un grain épais, trop ou pas assez de lumière, le rythme saccadé de la manivelle de l’opérateur, l’absence de son … Et c’est là qu’intervient un autre P.J., Peter Jackson.

Souvenez-vous, c’est à l’occasion d’un mois consacré aux “Fab Four” que j’ai dit récemment tout le bien que je pense du documentaire “Get Back” réalisé par Peter Jackson (je confesse n’avoir vu aucun de ses films) et de l’éclairage qu’il nous donne de la dynamique entre Paul, John, George et Ringo (sans oublier, hélas, Yoko). Avec “They Shall Not Grow Old“, c’est le sacrifice des Tommies de 14-18 qui nous apparait, cette fois, sous un nouvel angle.

Peter Jackson a retravaillé une centaine d’heures d’images d’archives, en éclaircissant celles qui étaient sombres, en corrigeant celles qui étaient surexposées. Il a ensuite “zoomé” ou déplacer sa caméra pour donner du rythme ou mettre en exergue ce qui lui semblait noyé dans un cadre trop large ou trop statique. Il a rétabli un rythme de 24 images par seconde, puis colorisé en s’appuyant sur les conseils d’experts, sur sa collection personnelle d’uniformes et sur près de 3000 photographies prises sur les lieux des combats (trouver la couleur exacte de la terre ou de l’herbe, c’est extraordinairement difficile nous avoue ce perfectionniste). Il a recruté des spécialistes de la synchronisation labiale pour restituer les dialogues quand ils étaient déchiffrables, avant de les enregistrer avec des acteurs anglais originaires de la région des régiments qui étaient filmés. Au final, le résultat est stupéfiant : les hommes revivent, chahutent, s’interpellent. Et Peter Jackson de confier :“Une des choses qui sautent aux yeux, une fois l’image restaurée, c’est que les visages prennent vie, on sent qui étaient ces individus, on sent leur personnalité, on voit leur peur, leur humour et leur angoisse. C e sont des gens qu’on connait … on regarde en fait nos grands-parents ou arrières grands-parents.”

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