
C’est une histoire triste. Celle d’un grand jeune homme athlétique, tout juste sorti de l’adolescence, introverti mais plein d’assurance quand il joue sa musique. Multi instrumentiste, il privilégie la guitare, notamment la “six cordes”. Il étudie en dilettante à Cambridge, voyage en France, séjourne un temps à Aix-en-Provence et au Maroc où il passe l’essentiel de ses journées à composer des textes et la musique qui leur servira d’écrin. Son talent éblouit un producteur qui l’aide à sortir un premier album, “Five Leaves Left” (1969), puis un second, “Bryter Layter”, (1970) et enfin un troisième “Pink Moon” (1972), avant de jeter l’éponge. Les ventes sont ridicules et les rares concerts n’aident pas à attirer l’attention des critiques (la concurrence est si rude … ) ou à séduire un public : Nick Drake interprète ses titres le regard rivé sur ses chaussures, change de guitares fréquemment, les accordent sur scène pendant dix à quinze minutes, dans un silence de plomb. Françoise Hardy, tombée sous le charme de ses chansons, se souviendra d’un garçon d’une timidité maladive.
Il finit par se réfugier chez ses parents et sombre dans la dépression, rumine ses échecs :
Why leave me hanging on a star
Pourquoi me laisser accroché à une étoile
When you deem me so high
Lorsque vous me portez si haut
Il s’enfonce, s’isole, prend des médicaments de plus en plus forts. Il meurt d’une overdose le 25 novembre 1974 à Tanworth-in-Arden, dans le Warwickshire. Il a vingt-six ans.
Si vous ne connaissez pas encore Nick Drake, je vous engage à découvrir un diamant à l’état brut, inclassable. Certains spécialistes le rangent sur l’étagère “folk rock” , voire “folk boisée” (pour la guitare), d’autres soulignent l’élégance de ses orchestrations baroques ou l’influence de la “Bossa Nova” dans son jeu de guitare. Vous noterez parfois des tambours nord-africains. Quelque soit l’étiquette qu’on lui colle, sa musique surprend par sa maturité, subjugue et envoûte.
Quant aux textes, je ne doute pas qu’ils vous éblouiront, qu’ils vous inviteront à la contemplation comme “the Way To Blue” …
Have you seen the land living by the breeze
As tu vu la terre animée par la brise ?
Can you understand a light among the trees
Peux-tu comprendre une lumière entre les arbres ?
Tell me all that you may know
Dis moi tout ce que tu peux savoir
Show me what you have to show
Montre moi ce que tu dois montrer
Tell us all today
Dis nous aujourd’hui
If you know the way to blue ?
Si tu connais le chemin vers le ciel ?
… ou qu’ils vous amèneront à songer au cours de votre vie, à l’instar de “Time Has Told Me” que j’ai sélectionnée pour ce blog :
And time has told me
Et le temps m’a dit
Not to ask for more
De ne pas en demander plus
Someday our ocean
Un jour notre océan
Will find its shore.
Trouvera son rivage.
(…) So i’ll leave the ways that are making me be
Alors j’abandonnerai tout ce qui me fait devenir
What I really don’t want to be
Ce que je ne veux pas vraiment être
Leave the ways that are making me love
J’abandonne tout ce qui me fait aimer
What I really don’t want to love.
Ce que je ne veux pas vraiment aimer.
Et peut-être, comme moi, vous exprimerez votre gratitude au poète enfin “reconnu”, pour sa “magie” et ses “chansons perpétuelles” :
I was born to use my eyes
Je suis né pour utiliser mes yeux
Dream with the sun and the skies
Rêver avec le soleil et les cieux
To float away in a lifelong song
Pour flotter sur une perpétuelle chanson
In the mist where melody flies.
Dans la brume où la mélodie vole
(…) I was born to sail away
Je suis né pour m’éloigner
Into a land of forever
Dans un royaume éternel
Not to be tied to an old stone grave
Pas attaché à une vieille tombe en pierre
In your land of never.
Sur ta terre oubliée
Vous trouverez ci-dessous une sélection des chansons de Nick Drake, principalement issues des trois albums précités, mais aussi des enregistrements préparatoires au premier (notamment une superbe version dépouillée de “Time Has Told Me“) :
