Tout est parti d’un livre sur Proust, “Proust, roman familial” de Laure Murat (2023), et du paragraphe suivant : “Très vite, j’ai identifié l’espace de la Recherche à la modernité et aux perspectives infinies de Los Angeles, à ces flux autoroutiers dont on distingue la nuit, depuis le hublot de l’avion, les trainées lumineuses, en filaments continus, qui ressemblent aux coulées de lave d’un volcan. Ce livre qui ouvre et décloisonne, ce livre du monde sensible et des expériences sensorielles, je le retrouvais dans une ville où le corps n’est jamais entravé, toujours libre de se mouvoir plus loin, sur une ligne d’horizon que rien ne bloque. Il n’y a pas de centre à LA, ville de la déconstruction par excellence, pas plus que dans la Recherche.”
Il n’y a pas de centre non plus dans les deux albums de Freddy Koella, une musique du monde sensible et des expériences sensorielles, ouverte elle aussi sur des perspectives infinies.
Laure Murat, historienne et spécialiste de Proust, et Freddy Koella, musicien alsacien et guitariste, habitent tous deux et depuis longtemps à Los Angeles.
Freddy Koella est né en 1958 à Mulhouse. Il apprend la guitare puis le violon au Conservatoire, tombe amoureux du Blues, enchaîne les bals du week-end en Alsace, part à la Nouvelle-Orléans et joue au côté de Zachary Richard, musicien cajun. Il connait une gloire éphémère avec le groupe Cookie Dingler avant de devenir un “requin de studio” qui enregistre avec de nombreux musiciens français. Il tourne ensuite avec Willy DeVille et Bob Dylan.
“Trio” est le premier morceau de son second album, “Undone”. Il a été enregistré en une journée avec le contrebassiste David Piltch et le batteur Jay Bellerose. J’y retrouve la pulsation déstructurée de LA, la solitude du jogger au petit matin, l’errance du homeless entre deux blocks, le flot des voitures sur les freeways, une architecture lumineuse et les fleurs mauves des jaracandas sur le gris du béton.
Je vous laisse écouter.