« The Bridges of Madison County » de Clint Eastwood (1995)

Le vent du soir qui rafraîchit un corps qui palpite. La séparation inéluctable des amants au milieu d’un carrefour battu par la pluie. Les phalènes du soir convoquées pour revoir celui que l’on n’attendait pas. « Sur la route de Madison » charme par ses détails.

« Une vie de détails »  est d’ailleurs l’expression choisie par Francesca pour décrire sa condition de femme de fermier de l’Iowa. Meryl Streep, superbe de sensualité, incarne merveilleusement cette « Emma Bovary » du Midwest qui a conservé ses illusions et porte un regard cruel sur la routine quotidienne de son existence de femme au foyer, sur l’environnement mesquin de la communauté avec laquelle elle doit composer. Survient, tel un fantôme, un photographe solitaire, tellement différent, tellement à l’écoute de celle qui parle dans le vide lors des repas familiaux.

Alors, à chaque vision de ce film, on passe allègrement sur les chi-chi du scénario, sur les dialogues déjà datés et les ponts un peu moches qui intéressent pourtant le « National Geographic » et l’on se laisse emporter par la lumière de l’été sur une campagne vallonée, avec ses routes qui poudroient et ses Pickups Chevrolet aux arrondis généreux, on se laisse charmer par le blues joué dans un bar de campagne où les deux amants ont trouvé refuge, après avoir alterné les approches et les retraites, avoir vaincu la confusion des sentiments et finalement cédé à l’attraction universelle des amants qui se trouvent. En pressentant qu’au bout de quatre jours, il ne leur restera que des souvenirs à chérir jusqu’à leur dernier souffle.

Dans la filmographie considérable de Client Eastwood, ce film détonne par sa sobriété et par son romantisme. Son biographe, Richard Schickel, nous apprend que ce film eut un impact sur sa vie privée : « si jamais il s’était senti perdu, solitaire et renfermé sur lui-même, ce n’était certainement pas le cas en ce moment. Il venait de jouer un personnage qui symbolisait ses premières caractéristiques (…) et ce personnage avait connu, au moins pour un temps, une transfiguration. Pourquoi n’aurait-il pu faire de même ? ». La vie sentimentale chaotique de Clint laisse toutefois penser que l’impact fut éphémère. Ephémère comme la rencontre entre Francesca et Robert.

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