
Elle aime photographier à la dérobée, Vivian Maier (1926 – 2009). Pas vue, pas prise. Mais cette fois, elle s’est laissée prendre au jeu du miroir. Le déménageur l’y a peut-être incité. Généralement, les élégantes, jeunes ou un peu moins jeunes, les hommes pressés, toutes celles et ceux qui se donnent de l’importance n’apprécient pas de se faire tirer le portrait, comme ça, à l’improviste. Qui est-elle, celle-là, mal habillée, mal fichue, pas tout à fait de chez nous ?
Vivian a plus de chances avec les enfants, qu’elle adore et qui le lui rendent bien. N’est-ce pas son « vrai » métier que de s’occuper des enfants ? Les noirs, les pauvres, les vieux et tous les esseulés acceptent le plus souvent de poser pour celle qui veut les surprendre dans leur quotidien urbain, leurs gestes innocents ou leurs postures anodines : s’appuyer sur un mur, se refaire une beauté à la va-vite ou regarder une vitrine.
Qu’est-ce qui la pousse Vivian à déambuler dans les rues de Chicago ou de New-York avec son Rolleiflex ? Capturer sans être vue, certainement. Observer le monde extérieur quand elle sort des espaces exigus dans lesquels elle vit, sans doute aussi. Elle photographie, comme l’écrit Georges Perec dans « Tentative d’épuisement d’un lieu parisien » (1983), « ce que l’on ne note généralement pas, ce qui ne se remarque pas, ce qui n’a pas d’importance : (en définitive) ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages ».
Alors elle parcourt les rues, prend le bus ou se dissimule dans le renfoncement d’une entrée. Elle se fait discrète et écrit « une histoire où elle marche en effaçant ses pas » note joliment Anne Morin, Commissaire d’une exposition au Luxembourg en 2021. Jamais elle n’imagine que ses 120 000 photos, stockées dans un débarras, referont surface dans une vente aux enchères en 2007 avant de parcourir le monde. Vivian, qui vécut dans son monde en observant sans être au premier plan, qu’aurait-elle pensé d’une telle exposition ?
