
Quand nous sommes allés à la Nouvelle-Orléans pour le Carnaval, nous avons commencé par récupérer quelques colliers et des bonbons propulsés depuis les chars du défilé, histoire de démarrer du bon pied. Puis cap sur le French Quarter ! Nous ne nous sommes pas attardés dans Bourbon Street, trop convenu et trop bruyant. Aux abords de Jackson Square, des illuminés invectivaient la communauté LGBT qui déambulait et dansait, avec des pancartes proclamant : « Repent or Perish », « Hell is Real, Only Jesus Save ». Notre chemin a croisé trois « barbe à papa » drapées dans un tourbillon cotonneux de blanc et de rose, deux vestales devisant sur le pas d’une porte avec leur voisin au costume parsemé de nuages « à la Magritte », pendant qu’un éléphant satiné de rose proclamait son bonheur la trompe en l’air. Encore quelques blocs et nous sommes arrivés à destination, à « the Maison », 508 Frenchmen Street, où nous attendait un concert, celui d’Aurora Neeland avec son groupe « The Royal Roses ».
D’eux, je ne connaissais rien avant de trouver une chaise au bar. Pour tout vous dire, le jazz New Orleans, ce n’était pas nécessairement mon truc à l’époque. Aux envolées d’un Sydney Bechet ou à la syncope d’un Louis Armstrong, je préférais le timbre des saxophonistes Hard Bop ou les impros Funk.
Toujours est-il qu’à peine assis, je retrouvais l’émotion ressentie à la vision de la série « Trémé » produite par HBO et tournée après Katrina : les vibrations collectives d’une ville construite pour et par la musique, l’énergie portée par les rythmes venus d’Afrique et l’optimisme qui a permis à la ville et ses habitants de se relever après l’ouragan.
Aurora Neeland alternait ce soir-là la clarinette et le saxophone soprano et ses chorus enflammaient l’assistance, jetait des flammèches que ses partenaires attisaient à leur tour. Les solos se répondaient et s’enchevêtraient, une mélopée créole ou bien une chanson à boire s’échappait, reprise par l’ensemble des instrumentistes avant d’être recouverte par un tuba, des trombones et des cuivres enthousiastes.
Les « bonnes surprises en concert » sont précieuses : elles sont gravées dans votre mémoire et à l’écoute d’un album, vous retrouvez facilement ce qui vous a séduit, transporté, irrémédiablement captivé. Il me suffit d’entendre Aurora Neeland et sa bande pour taper du pied, bouger les hanches et célébrer la gaieté précieuse de cette soirée sur les rives du Mississippi.
Si vous vous voulez écouter Aurora Neeland et ses « Royal Roses », voici ma sélection :
