
La pose est iconique. Sur le parcours de Pinehurst en Caroline du Nord où se déroula l’US Open de Golf de 1999, une statue de bronze immortalise cette délivrance, jambe droite vers l’arrière, poing tendu. Payne Stewart, joueur de golf professionnel américain dans le « Top 10 » mondial, vient de rentrer un putt décisif de cinq mètres et décroche le 20 juin 1999, le troisième majeur de sa carrière. Rappelons que le Golf compte quatre « majeurs », soit les tournois les plus prestigieux dans le monde professionnel du Golf : le « Masters » à Augusta, l’US Open, l’USPGA et « The Open » dans les îles britanniques.
Longtemps considéré comme un « choker », celui qui arrive bien placé mais ne trouve jamais les nerfs solides pour l’emporter, il avait décroché son premier « majeur » à 32 ans avec l’USPGA de 1986, puis récidivé à l’US Open de 1991. Son image de « bad guy », mal dans sa peau et pas toujours très fin dans ses commentaires, en colère contre le monde entier pour avoir trop souvent échoué depuis ses débuts sur le circuit professionnel à l’âge de 20 ans, s’estompait. Avec ses premières victoires, il trouvait un peu de sérénité. « I was a real Payne in the Ass » confessait-t-il pour passer à autre chose.
Il devint alors un « gentleman » en accord avec les tenues qu’il affectionne : une casquette à la Ben Hogan, des pulls sans manche à motifs « jacquard », des knickerbockers et des chaussures en crocodile à la Walter Hagen. Un look qui renvoie au « Golden Age » du golf, celui des années trente capturé dans les clichés du photographe George Pietzcker. Le monde du Golf adore dès lors son style, la fluidité de son swing. L’Amérique adore également ce « winner » qui a surmonté ses démons avec l’aide de sa femme et de la religion.
Trois mois après sa victoire à l’US Open de 1999, il participe à la Ryder Cup, cette compétition qui oppose tous les deux ans une équipe américaine à une équipe européenne. L’affrontement a lieu en terre américaine, à Brookline, et le public américain se surpasse en chauvinisme. Sifflets, insultes et jets de bière. Exaspéré par le comportement de la foule, Payne Stewart prend la défense des joueurs européens et concède la victoire à son adversaire sur le dernier trou sans que ce dernier ait à réaliser les deux putts nécessaires pour l’emporter. L’équipe américaine est victorieuse et Payne Stewart élève un peu plus son piédestal.
Le 25 octobre 1999, il embarque dans un vol privé avec deux pilotes, deux membres de son staff et un architecte de golf pour se rendre à Dallas. Un quart d’heure après le décollage, le pilote ne répond plus. L’appareil a été victime d’une dépressurisation, les passagers ont tous péri en quelques minutes. En pilotage automatique, le jet va poursuivre son vol pendant quatre heures, escorté par deux avions de chasse et les caméras de CNN. Il finit par s’écraser dans les plaines du Dakota du Sud.
L’explosion de joie de Payne Stewart le 20 juin 1999 prend alors une autre dimension. Celle d’avoir atteint un but ultime, ici et maintenant, sans lendemain.
