
Je dois vous avouer que j’ai été tenté de choisir les vidéos du génial John Jacobs pour ce mois consacré au Swing. Pour quelles raisons ? Elles sont tout simplement sans équivalent. John Jacobs (1925 – 2017), joueur de golf professionnel anglais aux performances modestes, doit sa notoriété internationale à ses formidables qualités de pédagogues. Il a écrit deux ouvrages incontournables pour tout amateur, « Practical Golf » et « Doctor Golf », et laissé à la postérité un enseignement majeur : le vol de la balle, c’est-à-dire sa hauteur et sa direction, donnera au joueur une indication précise des corrections à effectuer … si besoin est. Ses livres connurent un tel succès que John Jacobs enregistra au début des années 80 une série de vidéo sur tous les compartiments du jeu, du « short game » au « full swing ». Je les regarde à chaque fois avec un plaisir renouvelé : l’introduction donnée par un Sean Connery reconnaissant, les conseils précieux du Docteur Jacobs prodigués dans un anglais suranné, les transitions musicales « so kitch » et les encouragements tonitruants que le gourou ne manque jamais de s’adresser avant d’exécuter un coup difficile : « Courage Jacobs! » in english. Un régal. Fermons la parenthèse.
J’ai finalement retenu « La Légende de Bagger Vance » (2000). Robert Redford (1936 – 2025) a réalisé dix films et c’est sans doute celui que je préfère, à la réserve près que je n’ai pas revu « Ordinary People » (1980) depuis sa sortie. L’histoire du film est tirée du livre éponyme de Steven Pressfield publié en 1995. Le golf s’est toujours développé aux Etats-Unis lors des périodes de forte croissance économique, à la fin du XIXème siècle, dans les années 20, lors des Trente Glorieuses et pendant les années 1990. La crise de 1929 a porté un coup d’arrêt et c’est précisément à cette époque que se situe « La Légende de Bagger Vance ». Ruiné par le Krach, le propriétaire d’un golf de Savannah se suicide. Pour sauver son club, sa fille décide d’organiser un match « exhibition » avec les deux meilleurs joueurs du moment, Boby Jones et Walter Hagen. Il lui faut associer un ancien champion local revenu traumatisé de la première guerre mondiale. L’aide d’un caddie, à l’aura mystérieuse, va lui permettre de retrouver son swing.
La photographie est splendide et il n’est pas nécessaire d’être un « mordu » de golf pour apprécier les plans léchés révélant la beauté d’un fairway au lever du soleil ou la vue du green derrière des branches de chênes ornées de mousse. Assister à une partie associant Jones et Hagen relève en revanche du rêve éveillé pout tout amateur connaissant l’histoire de son sport. « Bobby Jones, qui incarne à jamais l’idéal des valeurs et la perfection du jeu, reste une icône incontournable, de même que Walter Hagen pour avoir transformé le statut du professionnel » rappelle Jean-Marc de la Sablière dans son récent « Bouquin du Golf » (2025). Opposition de caractère entre un Jones, élégant et « fair play » après avoir tout gagné, et un Hagen flamboyant, cheveux plaqués à la brillantine et cigarette au bec, toujours avide de victoires et des gains qui vont avec. Tout cela est parfaitement retracé dans le film et Matt Damon, dans le rôle du joueur sudiste à la dérive, s’en sort formidablement.
Un mot à propos du caddy, interprété dans le film par un charismatique Will Smith. Jouer avec un caddy est encore possible dans les clubs les plus huppés aux Etats-Unis, en Irlande et en Ecosse, en Asie. A l’origine, le caddy portait les clubs avant que les sacs ne soient inventés. Il est aujourd’hui un partenaire de jeu. Un bon caddy vous évitera, sur un parcours que vous découvrez, de rendre une carte qui vous gâchera votre journée. Il vous indiquera les pièges, attirera votre attention sur la direction du vent, vous rassurera. Les conseils de Bagger Vance, le caddy interprété par Will Smith, ont une tonalité souvent existentielle qui est à raccrocher aux questions que se posait Robert Redford sur le cours de sa vie au moment du tournage, si l’on en croit son biographe Michael Feenay Callan. Ils restent néanmoins parfaitement alignés avec la philosophie du golf illustrée par la célèbre boutade qu’Hagen adressa un jour à un joueur au départ du trou numéro un : « vous n’êtes ici que pour une courte visite; ne vous hâtez pas, ne vous inquiétez pas et n’oubliez pas de sentir les fleurs le long du chemin ».
