
“Experiment in Terror” (oublions le titre français ridicule de « Allô … brigade spéciale ») est tout à la fois une heureuse surprise et une belle réussite.
Une heureuse surprise car Blake Edwards n’est pas un spécialiste du film policier, encore moins du « genre noir ». Avant de s’installer confortablement dans la réalisation des « Panthères Roses » et de profiter de la manne financière qu’elle généra, il conçut une série TV survitaminée, « Peter Gunn » (1958-1961) et accoucha d’un chef d’œuvre de l’absurde et du comique, « The Party » (1968) que nous chroniquerons un jour dans ce blog. Pour le reste, rien qui n’ait franchi heureusement la barrière des années (une vision récente de « Victor, Victoria » (1982) nous a laissés quelque peu désillusionnés).
« Experiment in Terror » est une belle réussite car Edwards s’appuie sur un scénario solide conçu par un couple, Mildred et Gordon Gordon (cela ne s’invente pas), tous deux spécialistes du FBI. Un maniaque sexuel terrifie une jeune femme pour qu’elle l’aide à commettre un hold-up. Le FBI va s’évertuer à déjouer les plans du criminel sans exposer sa victime. Quand la belle Lee Remick, révélée trois années auparavant par Preminger dans « Autopsie d’un meurtre », se met en danger, nous tremblons avec elle et quand Glenn Ford, le fermier courageux de « 3h.10 pour Yuma » (1957) entreprend de la sauver, nous sommes à ses côtés. C’est déjà beaucoup. Le plaisir est décuplé par les cadrages sophistiqués et la superbe photo très « film noir » de Philip Lathrop, mais aussi par la splendide musique d’Henry Mancini.
Dès la séquence d’ouverture, l’une des plus belles que je connaisse, Lathrop et Mancini conjuguent leurs talents et se calent sur le même tempo. Dans la nuit, une décapotable conduite par une jeune femme glisse derrière les haubans d’un pont enjambant la baie de San-Francisco. Elle gravit une colline et s’engage dans son garage. La porte bascule et se referme. Un chien cesse soudain d’aboyer. Dans la pénombre, nous entendons avec elle une respiration sifflante et succombons devant ses grands yeux effrayés …
